Le médium

En 1994, le père de Françoise qui vit à Amiens décède. Elle sait déjà, depuis un certain temps, que pour elle ce deuil constituera le signal d’un nouveau départ. Depuis un certain temps, déjà elle a une activité de médium, mais à titre privé. Elle sait et les événements lui prouvent, que ce n’est pas à Aix qu’elle doit accomplir cette mutation. Il faut franchir le pas. Elle décide alors de revenir habiter à Amiens, où elle retrouvera un peu plus tard la maison familiale, et de se consacrer complètement à son travail de médium.

Dans sa famille elle ne se rappelle pas avoir entendu parler de médiumnité. Toutefois sa mère a montré toute sa vie une grande intuition, on pourrait dire une sensibilité médiumnique, mais pas davantage. Françoise, elle, commence à avoir des manifestations médiumniques à partir de son retour en métropole. Pour elle, l’apparition de sa médiumnité est liée au mal-être qu’elle ressent alors et à laquelle elle trouve plusieurs raisons. Sa réadaptation, on l’a dit, a été difficile. Elle a envie d’échapper aux contraintes de sa vie d’écolière, ce qui se traduit déjà par de multiples activités, dont celle de cours aux Beaux-arts. On peut comprendre que la rigoureuse discipline des religieuses pèse trop à cette enfant élevée quand même, on s’en rappelle, en brousse… À cela s’ajoute sa certitude que sa mère la délaisse, préoccupée de son fils militaire en Algérie, puis, au retour de ce dernier, de son état de santé déficient. Enfin son père qu’elle chérit, est, lui, le plus souvent absent, surveillant des chantiers à travers l’Europe.

À l’âge de dix ans, elle vit donc la première manifestation tangible de sa médiumnité. C’est un jour de Noël, elle attend avec sa mère un ami avec lequel elles doivent aller faire des achats. Comme il n’arrive pas Françoise dit à sa mère interloquée et sans doute scandalisée « Ce n’est pas la peine de l’attendre, il vient de se faire écraser par un trolleybus. » Comme pourrait le dire toute mère dans une pareille occasion, Madame Flamant conseille vertement à sa fille Françoise d’arrêter de dire des bêtises. Ce à quoi la petite fille répond ingénument «Je t’assure que c’est vrai, je vois ses pieds qui dépassent » du dessous du véhicule bien évidemment… C’est dire si sa vision est précise… Effectivement, il s’avérera qu’il en est bien malheureusement ainsi. La mère, un peu surprise quand même, mit cela sur le compte d’une intuition, ce qu’elle pouvait comprendre. Quant à Françoise, aussi bizarre que cela puisse paraître, ses propos lui sont parus tout à fait naturels, en fait comme elle les a ressentis, spontanés sans que cela lui prête à réflexion.

Une autre fois, il va s’agir d’un ami de sa mère qui venait déjeuner de temps à autre. Un jour où il doit revenir chez lui à Lille pour une fête familiale, Françoise qui l’aime bien s’accroche à lui en pleurant pour qu’il ne parte pas. Quelques heures plus tard cet homme est décapité au cours d’un accident. Ce drame est évidemment très difficile à vivre. Françoise qui a ressenti le danger se sent comme coupable de ce qui vient d’arriver.

Elle a vu aussi très nettement son frère en Algérie sauter avec un véhicule sur une mine sans toutefois être blessé, ce qui lui permet de rassurer sa mère en lui disant qu’il ne lui arrivera rien de fâcheux.